Expatriés : les 5 choses que vous devez négocier avant votre départ

Mercredi 14 mars 2018

Partir travailler à l’étranger, c’est démarrer une nouvelle vie. Une nouvelle vie qui va fortement dépendre de votre contrat et des clauses qu’il contient.

Droit du travail, Sécurité sociale, salaire, … Les choses changent quand vous vous partez travailler à l’étranger. En plus, tout va dépendre de si vous êtes travailleur détaché ou expatrié en Europe ou ailleurs. C’est compliqué. Heureusement, on vous explique tout.

1 - Droit du travail : contrat d’expatriation ou contrat local ?

A partir du moment où vous choisissez de vous expatrier, vous aurez peut-être le choix entre un contrat local et un contrat d’expatriation. Mais bien souvent, il faut le reconnaître, vous n’aurez pas vraiment le choix. La raison ? Les contrats locaux coûtent moins cher à l’entreprise. Ce sont donc eux que préfèrent les employeurs.

Et pour cause : avec un contrat local, vous serez soumis à la loi du pays dans lequel vous partez. Ce que ça change ? Vous ne serez tout simplement plus protégé par le droit du travail français. En clair, cela signifie que si vous vous faites virer, il y a de fortes chances pour que ce soit sans préavis et sans espoir de toucher le chômage par la suite. De plus, en optant pour un contrat local, vous devrez démissionner de votre poste actuel, ce qui signifie que vous n’aurez aucune assurance d’être réembaucher à votre retour. Autre facteur à prendre en compte : vous n’aurez probablement pas de RTT. Eh oui, il s’agit d’une spécificité bien française.

A contrario, les contrats d’expatriation sont bien plus avantageux sur tous les points. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle ils coûtent si cher aux entreprises. Tout d’abord, avec un contrat d’expatriation, vous n’aurez pas à démissionner. Votre contrat sera seulement suspendu, ce qui fait que quand vous reviendrez en France, vous retrouverez votre poste. Plutôt rassurant. Aussi, lors de votre départ à l’étranger, vous aurez accès à une voiture, à un logement, à certaines indemnités, … Bref, de quoi mener la vie de rêve. Encore mieux, vous pourrez négocier des billets d’avion pour retourner voir votre famille de temps à autre. Voilà qui a de quoi redonner du baume au cœur lorsqu’on part à l’autre bout du monde.

Mais malgré les avantages du contrat d’expatriation, ne renoncez pas à partir parce qu’on vous propose uniquement un contrat local. Vous n’allez pas rater l’aventure de vos rêves à cause d’un contrat qui s’avère être juste moins intéressant. Ne vous engagez toutefois pas à la légère et prenez le temps de lire votre contrat local afin de ne pas avoir de mauvaises surprises. Mais si l’opportunité en vaut la peine, n’hésitez pas.

2 - La Sécurité sociale et l’Assurance maladie

Les contrats locaux et les contrats d’expatriation vont définir le droit du travail qui s’appliquera lorsque vous serez à l’étranger. Pour ce qui est de la Sécurité sociale, c’est une autre affaire. En effet, que vous soyez en contrat local ou en contrat d’expatriation, vous ne serez généralement plus protégé par la Sécurité sociale française. Celle-ci cessera donc de vous couvrir et vous dépendrez alors du régime de protection local, ce qui n’est pas forcément une bonne affaire. Mais rassurez-vous, il existe tout un tas de solutions pour bénéficier d’un régime à peu près équivalent à la Sécurité sociale française.

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En revanche, si vous êtes travailleur détaché, les choses seront très différentes. Dans ce cas, vous resterez rattaché à la Sécurité sociale française et vous n’aurez pas besoin de cotiser pour le régime de protection du pays dans lequel vous vous trouvez. Voilà qui est beaucoup plus intéressant.

La différence entre les deux ? Les travailleurs détachés sont mutés par leur entreprise à l’étranger pour une période donnée. En général entre 6 mois à 3 ans. Les expatriés, eux, partent pour une durée indéterminée, ce qui signifie qu’ils sont amenés à rester plus longtemps à l’étranger, voire toute leur vie pour certains. Bien-sûr, cela ne veut rien dire. Personne ne va vous retenir à l’étranger. Vous pouvez très bien vous expatrier et revenir au bout de seulement deux ans, par exemple. Mais disons que d’une manière générale, un expatrié a plus de chances de s’installer durablement à l’étranger.

3 - Le chômage

Vous venez de voir les principales différences concernant la protection sociale entre un travailleur détaché et un expatrié. Eh bien, c’est exactement la même chose pour le chômage.

En gros si vous êtes travailleur détaché, vous serez protégé à 100 % par l’assurance chômage. Si vous vous faites virer, vous toucherez donc le chômage. Simple et efficace.

C’est très différent pour les expatriés puisque ces derniers ne sont plus couverts par l’assurance chômage. Alors que faire ? Eh bien, tout va dépendre de l’endroit où vous partez.

Si vous restez dans l’Union européenne (UE) ou en Suisse, vous serez alors rattaché à une caisse locale d’assurance chômage. Cela signifie que vous perdez votre emploi, vous pourrez toucher le chômage sans problème. L’avantage, c’est que si vous voulez retrouver un travail dans le pays dans lequel vous vous trouvez, vous continuerez à percevoir le chômage durant trois mois, ce qui vous laissera le temps de rebondir. Sinon, il vous faudra retourner en France pour continuer à le percevoir.

Si vous êtes dans un pays hors UE, c’est une autre affaire. Dans ce cas, vous avez tout intérêt à vous inscrire à Pôle emploi services, la caisse de chômage des expatriés. Si votre entreprise est implantée en France, c’est obligatoire. Mais si ce n’est pas le cas, votre employeur n’est pas obligé de vous y inscrire. N’hésitez donc pas à négocier cet aspect avec lui. C’est très important. C’est lui qui doit s’occuper de cela et l’inclure dans votre contrat, et non l’inverse.

4 - Le salaire

S’il y a bien une chose à négocier, c’est votre salaire. S’expatrier, c’est souvent être mieux payé. Il y a donc de fortes chances pour qu’on vous propose un salaire mirobolant avant de partir. Et vous, sans réfléchir, risquez bien d’accepter. Mais attention, le salaire qui vous sera proposé ne veut rien dire si vous ne prenez pas en compte le niveau de vie du pays dans lequel vous partez et les impôts que vous aurez à payer.

Commençons par les impôts. Dans de nombreux pays, l’impôt sur le revenu est prélevé à la source, et donc directement retenu sur votre salaire. Il est donc très important que vous vous renseigniez sur les taux de cotisations sociales et d’impôt avant de partir car vous pourriez avoir de mauvaises surprises. Ou de bonnes.

Enfin, n’oubliez pas d’également vous renseigner sur le niveau de vie du pays. Si la vie n’est y pas chère et que votre salaire est plus élevé qu’en France, vous êtes gagnant. En revanche, si le niveau de vie est beaucoup plus élevé et que le salaire que l’on vous propose n’est que légèrement supérieur à votre salaire actuel, méfiez-vous. Il se peut que vous y perdiez. Dans ce cas, préparez soigneusement vos arguments et négociez avec votre patron. Il comprendra certainement que vous n’avez aucun intérêt à partir pour perdre de l’argent et reverra votre salaire à la hausse.

5 - La retraite

Dernier point à ne pas négliger : la retraite. Si vous êtes un jeune actif, il ne s’agit peut-être pas de votre priorité. Vous vous dites sûrement que la retraite c’est loin et que vous verrez plus tard. Mais détrompez-vous. C’est une question très importante. Si vous ne vous en occupez pas maintenant, vous risquez bien de le regretter plus tard. Ne faites donc pas la même erreur que 6 expatriés sur 10 en choisissant de ne pas cotiser.

Comme d’habitude, pour les salariés détachés, c’est très simple. Vous continuez de cotiser au régime général de la Sécurité sociale française. Et donc pour vous, rien ne change.

Pour les expatriés, les choses se corsent. Si vous partez dans un pays de l’UE, il se peut qu’il y ait des accords avec la France. Dans ce cas, renseignez-vous bien car vous n’aurez peut-être pas besoin de cotiser en plus.

Autrement, si vous partez dans un pays hors UE, vous devrez cotiser pour la retraite du pays dans lequel vous travaillez. Résultat, lorsque vous prendrez votre retraire en France, elle dépendra fortement du ou des pays dans lesquels vous avez vécu, ce qui peut être problématique. La première solution consiste donc à cotiser volontairement pour votre retraite de base via la CFE. Pour ce qui est des cotisations que vous avez versé à l’étranger, elles se transformeront alors en pension lors de votre départ à la retraite. Voilà qui est plutôt intéressant car cela vous rapportera encore plus. Mais le mieux est de négocier avec votre employeur pour que ce soit lui qui cotise pour votre retraite de base, et si possible pour votre retraite complémentaire. L’intérêt, c’est qu’avec ce système, vous n’aurez pas à débourser d’argent de votre propre poche et qu’en plus, vous vous assurerez une retraite confortable en France.

Enfin, vous pouvez également choisir de racheter des trimestres qui correspondent aux périodes où vous avez travaillé à l'étranger. Pour cela, vous n’avez pas besoin d’être affilié à un régime de retraite français. Mais il y a deux conditions à respecter :

  • Vous devez avoir été affilié pendant au moins 5 ans à un régime français d'assurance maladie
  • Vous devez présenter votre demande moins de 10 ans après la fin de votre activité à l'étranger

Est-ce une bonne idée ? Oui et non. Tout va dépendre de votre situation. Mais disons que, d’une manière générale, racheter un trimestre coûte cher. La raison ? Les trimestres d’expatriation sont au même prix que les trimestres d’études ou ceux des années incomplètes.

Pour rappel, on parle de rachat de trimestres quand vous n’avez pas droit à une retraite à taux plein car il vous manque des trimestres et que pour en bénéficier, vous devez donc racheter des trimestres. Il s’agit d’une opération intéressante mais qui a un coût. Le mieux, c’est donc de l’éviter.