Reste à vivre négatif : « la première chose à faire, c’est son budget »

Lundi 30 octobre 2017
Maxime Pekkip de l'association Crésus ©Maxime Pekkip

Maxime Pekkip, chargé de mission prévention et accompagnement chez Crésus, un réseau d’associations qui lutte contre le surendettement et accompagne les personnes en situation de difficulté financière nous partage son expérience vis-à-vis du reste à vivre négatif, ce fléau qui conduit des milliers de personnes à s’endetter tous les ans. Il donne des solutions à mettre en œuvre le plus rapidement possible pour s’en sortir et passer du rouge au vert.

Est-ce que vous pouvez nous présenter Crésus en quelques mots ?

Crésus est un réseau d'associations fédérées à but non lucratif dont la mission est reconnue d'utilité publique. Le réseau, créé en 1992, est présent dans 12 régions et dispose de 134 antennes de proximité avec pour objectif de lutter contre le surendettement et de le prévenir. Nous sommes engagés depuis plus de 25 ans dans l’accompagnement et la prévention de ce risque qui, à l’heure actuelle, touche plus d’un million de nos concitoyens et qui concerne quasiment 8 millions de personnes en France.

Votre définition d’un reste à vivre négatif ?

Un reste à vivre négatif, c’est lorsque l’on ne peut pas faire face à ses dépenses courantes en dehors de celles qui sont déjà prévisibles et définies. C’est donc lorsque l’on commence à creuser son déficit et à avoir besoin d’avoir recours au crédit ou au découvert pour faire face aux dépenses alimentaires, hygiène, loisirs et habillement. Un reste à vivre négatif est un signe de fragilité. Cela provoque des déséquilibres qui, sur le long terme, peuvent provoquer une situation de surendettement.

A partir de quel moment faut-il commencer à s’inquiéter ?

La première chose à faire, c’est de faire son budget. Plus de 70 % de nos concitoyens n’ont jamais fait leur budget. On peut donc avoir un reste à vivre négatif et ne même pas s’en rendre compte. C’est quelque chose d’extrêmement insidieux. A partir du moment où l’on commence à dépasser son budget et à avoir un budget négatif, le problème est que ça provoque un effet boule de neige. Au fur et à mesure, on se retrouve avec une poche de crédits et de dettes, ce qui fait que l’on se retrouve dans une situation irrémédiablement compromise. C’est un processus qui peut être très rapide comme extrêmement long. C’est-à-dire que cela peut commencer avec un dépassement budgétaire de 1 ou 2 € qui, à force de frais et d’intérêts cumulés et du coût de la vie qui augmente, peut mener à un reste à vivre négatif de 1 000 ou 2 000 €. Nous constatons, malheureusement, souvent ce genre de cas chez nos bénéficiaires.

Les raisons d’un reste à vivre négatif vont varier selon les situations. Est-ce que certains cas sont plus fréquents que d’autres ?

L’âge moyen d’une personne avec un reste à vivre négatif et qui est surendettée est de 55 ans. La plupart sont également en couple et ont, en moyenne, 2 300 € de revenus et 43 000 € de dettes. Le reste à vivre négatif moyen est de – 143 € hors dépenses alimentaires, hygiène, loisirs et habillement. Voici le portrait-robot des personnes en situation d’endettement ou de pré-endettement.

Dans l’ordre de priorité, quelles sont les premières choses à faire pour ne plus se retrouver en situation de reste à vivre négatif ?

Comme je l’ai déjà dit, il faut commencer par faire son budget. C’est hyper important ! Cela permet d’identifier les postes de dépenses et le montant de ses revenus. Par ailleurs, il ne pas confondre découvert bancaire et trésorerie. Cela signifie que si vous avez un reste à vivre négatif et que, par exemple, vous mettez 50 € de côté sur votre livret A, vous allez vous endetter en mettant de l’argent de côté. Il faut ensuite faire l’état des lieux de ses dépenses pour savoir ce qui est vraiment nécessaire. Il n’y a aucun intérêt à se serrer la ceinture et acheter des pâtes premier prix, par exemple, lorsque l’on paie trop en assurance voiture ou lorsque l’on a 4 ou 5 contrats d’assurance qui couvrent le même risque. La plupart du temps, le plus gros des gains budgétaires et la meilleure manière d’optimiser son budget, c’est de revoir le mode de remboursement de sa dette, c’est-à-dire transformer ses crédits renouvelables en amortissables ou, par exemple, faire en sorte d’éviter le découvert et monter un dossier de restitution de ses frais bancaires. Ce dernier point est très important car ces frais montent, en moyenne, à 130 € par mois pour une personne en fragilité. Il faut également renégocier ou revoir les assurances dont on a besoin et celles dont on n’a pas besoin. Si on ne fait pas son budget, on a souvent tendance à laisser courir des contrats dont on a plus besoin. Faire son budget, c’est un peu comme un grand nettoyage de printemps.

Est-ce que certaines solutions un peu plus risquées telles que le rachat de crédits peuvent marcher ?

Le rachat de crédits, c’est comme utiliser un marteau pour nettoyer une vitre. C’est un outil qui n’est pas adapté si on n’a pas fait son budget au préalable et donc si on ne sait pas exactement quels sont nos postes de dépenses, nos charges et combien il nous reste pour vivre. Malheureusement, beaucoup de personnes ont recours au rachat de crédit alors qu’un dossier de surendettement s’impose. Ces personnes aggravent leur situation en faisant un rachat de crédits. Il faut bien comprendre que si l’on a pas conscience de son budget, ce n’est pas quelqu’un d’autre qui va pouvoir le faire pour nous. Avant d’avoir recours au rachat de crédits, il est donc très important de connaître et de maîtriser son budget.

Quelles sont les principales erreurs à ne pas commettre pour ne pas se retrouver avec un reste à vivre négatif ?

Ne faire pas son budget et repousser à plus tard le fait de s’occuper de ses papiers ! En accueillant nos bénéficiaires, on se rend souvent compte qu’en ne faisant pas leur budget, ils sont passés à côté d’aides sociales et de crédits d’impôt ou qu’ils ont payé des choses inutiles. Il est bien évidemment toujours possible de rattraper cela mais ça se fait à perte. 

En cas de reste à vivre négatif, le mieux est de se faire aider par des professionnels...

Les bénévoles de notre réseau sont parfaitement formés à faire un budget. On forme également beaucoup d’intervenants dans ce but et afin qu’ils donnent les bons conseils pour maîtriser un budget. Le plus important, c’est d’utiliser les bons outils et de ne pas avoir peur de demander à plusieurs personnes de le faire. Lorsque l’on commence à avoir des problèmes budgétaires, le plus difficile est d’en parler. Il ne jamais s’isoler, ne jamais rester seul et demande à un maximum de professionnels de vous entourer. Le banquier n’est pas forcément la bonne personne à qui s’adresser. La bonne personne peut être une assistante sociale, une conseillère en économie sociale et familiale, les bénévoles de nos associations, … Ce qu’il faut comprendre, c’est que le surendettement et les problématiques financières se posent à de plus en plus de personnes. Il ne faut donc surtout pas penser qu’on est seul. En s’entourant, on se rend souvent compte que la situation est loin d’être aussi dramatique que l’on ne le pense. Il y a toujours des solutions.